Musée des Arts et Métiers : visiter ses collections

Le musée des Arts et Métiers, à Paris, expose depuis 1802 les inventions réunies par le Conservatoire des arts et métiers, dans l’ancien prieuré de Saint-Martin-des-Champs. Sept collections y retracent l’histoire des techniques. Une bonne visite se prépare : choisir un fil, repérer quelques pièces majeures, garder l’église pour la fin.
Du décret de l’an III au MuAM d’aujourd’hui
L’initiative revient à l’abbé Grégoire. En 1794, il propose à la Convention nationale un conservatoire où seraient rassemblés les outils et les machines nouvellement inventés ou perfectionnés. Le site du musée date la loi fondatrice du 19 vendémiaire an III, soit le 10 octobre 1794. Le rapport de l’abbé affiche une ambition sociale nette : « éclairer l’ignorance qui ne connaît pas, et la pauvreté qui n’a pas les moyens de connaître ».
Le mot « conservatoire » ne renvoie pas ici à la musique. Il désigne une transmission par la démonstration : des machines mises en mouvement sous les yeux d’artisans et d’ouvriers, plutôt que des leçons abstraites. Le germe existait déjà, rappelle le musée : au milieu du XVIIIe siècle, le mécanicien Jacques Vaucanson avait installé à l’hôtel de Mortagne, à Paris, des métiers et des machines textiles.
En 1798, le Conservatoire s’installe dans le prieuré de Saint-Martin-des-Champs, nationalisé en 1789, qu’il occupe toujours, et les galeries ouvrent en 1802. Dans la seconde moitié du XXe siècle, sous la direction de Maurice Daumas, l’institution prend le nom de « musée national des techniques », formule qui résume l’esprit des lieux : un musée des techniques où l’objet sert de preuve.
Rouvert en 2000 après une longue rénovation, le musée se présente aujourd’hui sous le nom de MuAM et reste une composante du Conservatoire national des arts et métiers (Cnam), grand établissement d’enseignement supérieur.
Saint-Martin-des-Champs, un monument avant d’être un écrin
Le bâtiment se visite autant que les collections. Selon le musée, les fouilles menées sous la nef pendant la rénovation ont mis au jour des sépultures mérovingiennes, étudiées puis enfouies de nouveau.
Le chevet, reconstruit vers 1130-1135, mérite un arrêt. Avec ses voûtes d’ogives et ses chapelles rayonnant autour du déambulatoire, il compte d’après le musée parmi les premiers exemples du gothique primitif, quelques années avant la basilique de Saint-Denis. La nef date du XIIIe siècle, comme le réfectoire des moines, salle de lecture de la bibliothèque du Conservatoire depuis 1851. Pour dater ces volumes, les indices du guide pour reconnaître les styles d’architecture d’une église s’appliquent directement : profil des arcs, type de voûte, forme des baies.
Le décor actuel date du XIXe siècle. Nommé architecte du Conservatoire en 1838, Léon Vaudoyer reconstruit la façade dans un style néogothique et pose une polychromie aux teintes marron et orange, toujours en place. Au début des années 1850, le général Morin transforme l’église en « salle des machines en mouvement » pour l’Exposition universelle de 1855 ; le dimanche, la foule vient voir tourner les moteurs. Les dégâts subis par l’édifice font fermer l’église en 1884, puis elle redevient une galerie pour les objets volumineux.
Depuis la rénovation, une structure métallique de l’architecte François Deslaugiers porte les véhicules dans la nef, et le contraste entre pierre médiévale et machines fait de l’ancienne église ce que le musée nomme « le clou de la visite ». Les rails visibles au sol n’ont jamais servi à un train : d’après le musée, cette voie étroite conçue à la fin du XIXe siècle par l’ingénieur Paul Decauville menait sur wagonnets les modèles de démonstration vers les salles de cours.

Les sept collections du musée des Arts et Métiers
L’exposition permanente montre environ 2 500 objets, indique Wikipédia, sur un fonds que le musée évalue à près de 80 000 objets et 15 000 dessins, gardé pour l’essentiel dans des réserves à Saint-Denis. Les sept collections se suivent dans un ordre fixe, chacune découpée en quatre périodes : avant 1750, de 1750 à 1850, de 1850 à 1950, après 1950.
Cette grille commune invite à comparer d’une salle à l’autre ce qui change à la même époque, par exemple l’imprimerie mécanisée par la vapeur et les premières locomotives. Le procédé rejoint la méthode pour construire ses repères chronologiques : quelques dates pivots, puis des correspondances.
| Collection | Fil conducteur | Pièces à repérer |
|---|---|---|
| Instruments scientifiques | Mesurer, observer, calculer | Astrolabe d’Arsenius (1569), machine de Pascal (1645), laboratoire de Lavoisier |
| Matériaux | Papier, tissu, verre, métal | Métier à tisser de Vaucanson (1746), modèle du métier de Jacquard |
| Construction | De la taille de pierre au béton armé | Outils de tailleur de pierre, maquette d’un chantier rue de Rivoli |
| Communication | Imprimer, photographier, transmettre | Télégraphe de Chappe, phonographe à feuille d’étain, cinématographe des frères Lumière |
| Énergie | Eau, vapeur, électricité | Modèle de la machine de Marly, moteur à gaz de Lenoir, dynamo de Gramme |
| Mécanique | Transmettre et transformer le mouvement | Modèles d’engrenages en bois, marteau-pilon à vapeur, machine à coudre de Thimonnier |
| Transports | Sur terre, sur mer et dans les airs | Fardier de Cugnot (1770-1771), Avion III d’Ader, aéroplane de Louis Blériot (1909) |
Deux ensembles complètent ce découpage : le laboratoire de Lavoisier et l’espace des automates, où figure la Joueuse de tympanon de 1784. S’y ajoutent les maquettes d’enseignement commandées par madame de Genlis pour les enfants du duc d’Orléans.
Cinq objets qui racontent l’histoire des techniques
La machine de Pascal
D’après la fiche du musée, la machine arithmétique de Blaise Pascal présentée date de 1645 et compte en livres, sous et deniers, la monnaie de l’Ancien Régime. Wikipédia précise que Pascal en fit construire une vingtaine dans la décennie suivante, souvent en les perfectionnant, et que huit subsistent aujourd’hui, dont plusieurs au musée.
Vaucanson et le métier à tisser
Daté de 1746, le métier à tisser les étoffes façonnées de Jacques Vaucanson devait remplacer l’ancien métier à la tire. Le musée le cite parmi les exemples de sciences appliquées à l’industrie, et le modèle du métier de Jacquard, daté de 1808, prolonge cette lignée dans la même collection.
Le laboratoire de Lavoisier
À la fin du XVIIIe siècle, explique le musée, des savants comme Antoine Laurent de Lavoisier fondent les premiers laboratoires et fixent une démarche rigoureuse. Le gazomètre de 1787, réalisé par Pierre Bernard Mégnié, en est l’une des pièces majeures, à l’époque où les poids et mesures passent au système décimal.

L’avion de Clément Ader
Conçu entre 1891 et 1897 selon Wikipédia, l’Avion III est essayé en octobre 1897 sur l’aérodrome militaire de Satory. Présenté à l’Exposition universelle de 1900, il est offert au Conservatoire en 1903, d’après le musée. Longtemps exposé dans la nef, il plane depuis la rénovation au-dessus de l’escalier d’honneur, où il a été assemblé en 1994 sur un échafaudage puis suspendu par des câbles.
Le pendule dans le chœur
En 1851, Léon Foucault rend visible la rotation de la Terre : le plan d’oscillation d’un long pendule dévie lentement. Wikipédia rappelle que la première démonstration publique a lieu la même année au Panthéon. Au musée, l’expérience du pendule de Foucault se voit dans le chœur de l’église, avec une démonstration commentée par les médiateurs scientifiques. Son gyroscope de 1852 figure parmi les instruments scientifiques.
Organiser la visite sans s’épuiser
Le musée fixe le sens du parcours de visite : les instruments scientifiques ouvrent la marche, les transports le concluent. Pour estimer le temps nécessaire, son site décrit trois parcours d’audioguide : une boucle d’une heure autour de 30 objets majeurs, une version de deux heures trente qui en réunit 75, et un parcours libre. Une visite attentive des sept collections dépasse donc nettement la boucle courte.
Quelques choix pratiques changent la journée :
- Commencez par les étages : selon la page pratique du musée, ils ferment au public avant le reste du bâtiment ; gardez l’église pour la fin.
- Explorez deux ou trois collections à fond plutôt que sept en survol.
- Consultez l’agenda : les médiateurs assurent des démonstrations et des visites flash sans réservation, dont celle du pendule.
- Voyagez léger : les valises plus grandes qu’un bagage cabine ne sont pas admises.
- Si la station debout vous pèse, demandez à l’accueil un siège pliant, prêté contre une pièce d’identité dans la limite des stocks.
Tarifs et horaires évoluent : seules la billetterie en ligne et la page pratique du musée font foi. En famille, un audioguide est pensé pour les 7 à 12 ans, et les conseils pour visiter un musée avec des enfants s’appliquent sans retouche : peu d’objets, des pauses, une démonstration en récompense.

Déchiffrer une machine ancienne
Devant une machine, l’œil se perd vite dans les rouages. Trois questions, posées dans l’ordre, rendent presque tout objet des galeries lisible :
- D’où vient l’énergie ? La main, l’animal, l’eau, le vent, la vapeur, le gaz ou l’électricité.
- Comment circule le mouvement ? Engrenages, bielles, courroies et leviers le transmettent et le transforment.
- Que produit la machine ? Un tissu, une feuille de papier, un signal, une force, un déplacement.
Les collections du musée facilitent l’exercice : au XIXe siècle, rapporte le musée, l’administration du Conservatoire exigeait des fabricants des modèles en coupe ou en écorché, plus faciles à expliquer. Ces modèles montrent l’intérieur que les machines réelles cachent.
Dernier réflexe : comparer au sein d’une série. Gérard Joseph Christian, directeur du Conservatoire de 1816 à 1831, défendait la présence de modèles anciens et imparfaits près des modèles perfectionnés, pour montrer la marche des inventions et les solutions variées trouvées pour un même problème. Une vitrine se lit donc comme une suite de tentatives, pas comme un alignement de reliques.
Prolonger la visite hors des galeries
La sortie réserve un dernier décor : la station de métro Arts et Métiers, aménagée en 1994 pour le bicentenaire du Conservatoire par le dessinateur belge François Schuiten, comme une introduction au musée, selon Wikipédia.
Pour approfondir, le centre de documentation du musée couvre l’histoire des sciences et des techniques, et une partie des catalogues de constructeurs est numérisée sur le Conservatoire numérique des arts et métiers. La photothèque en ligne montre l’église, l’escalier d’honneur ou les automates, de quoi préparer la venue.
Prochaine étape : retenir deux collections et une pièce par collection, puis vérifier dans l’agenda du musée le programme des démonstrations. Une visite ciblée laisse un souvenir plus net qu’une traversée au pas de course.